Changer la politique avec les communs

De Wiki Remix Biens Communs
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Métadonnées

Auteur(s) KRIKORIAN Gaelle
Producteur(s) Remix The Commons
Date de publication 2017/01/02
Durée 00:27:00
Langue du contenu FR
Fait partie de Commons Space
Média Vidéo
URL de diffusion https://www.youtube.com/watch?v=oJx-fxYgV1o
Service de diffusion youtube
Identifiant de diffusion oJx-fxYgV1o
Pays France
Contexte de production Commons Space (FSM 2016, Montréal)
Participant(s) SULTAN Frédéric
Contributeur(s) LÉONARD Nicole, SAURET Nicolas, LESSARD-BÉRUBÉ Stéphanie
Type de licence CC-BY-SA


0:25 Gaelle

Je m’appelle Gaëlle Krikorian, je suis sociologue et activiste

0:30 Frédéric

Dans quel domaine es-tu engagée ?

0:34 Gaelle

Dans différents domaines. Je suis engagée sur les questions qui tournent autour des problèmes créés par la protection intellectuelle, ça peut être le domaine médical avec les brevets, ca peut être le domaine de l’accès à la connaissance avec les droits d’auteurs, je suis engagé sur les questions féministes, ou d’égalité des droits, je suis engagée sur la question des communs.

1:05 Frédéric

tu as une expérience dans le milieu politique, à travers ton engagement et ton activité professionnelle. Comment est ce que tu vois ce milieu aujourd’hui?

1:20 Gaelle

Le milieu politique : mon expérience c’est d’avoir travaillé comme conseillère politique au parlement européen, d’avoir été un peu engagée auprès des verts, Europe Ecologie les verts en France, pas extrêmement engagée, mais au moins engagée dans le cadre d’une commission qui travaillait justement sur les questions du partage. Donc j’ai suivi l’évolution d’EELV qui était un peu un projet pour essayer de faire de la politique autrement. Ça a été lancé.

Et puis l’arrivée des verts au parlement européen, enfin pas l’arrivée des verts au parlement, mais l’arrivée en grand nombre, à un moment où il y avait une cinquantaine de députés, dont une quinzaine de députés français, suite à un grand score des verts aux élections européennes.

Donc, il y a deux aspects dans ma réponse. Il y a peut-être la façon dont je vois comment ces expériences ont été menées et comment elles ont abouti. Et après il y a le contexte politique plus général en France, en Europe et plus largement.

Pour commencer sur ce deuxième aspect, surtout en regardant la situation en France et en Europe aujourd’hui, c’est pas nouveau de dire ça, mais on a vraiment le sentiment qu’on est dans une impasse totale, avec le système de démocratie représentative, qu’on arrive pas... Là c’est même pas qu’on arrive pas à avancer, mais c’est qu’on arrive pas ne serait-ce à avoir les conversations qu’on voudrait avoir. Et au contraire, au lieu d’avoir les conversations qu’on voudrait avoir, on est entraîné sur des terrains politiques qui nous intéresse pas et sans doute vont nous amener sur des choses assez dangereuses sur les années à venir.

3:10 Gaelle

Donc ca c’est le contexte à la fois français et européen, je pense que les deux sont quand même assez proches. Le problème c’est que répondre à ca, si on regarde ce qu’il s’est passé avec les initiatives qui ont été tentées, celles que je connais bien, c’est pas très rassurant. C’est même assez déprimant, et dans un premier temps, ca pourrait nous amener à penser qu’en fait on a plus d’alternatives, parce qu’en gros, l’idée de puiser dans les mouvements sociaux pour envoyer des gens nous représenter, on doit tirer un trait là-dessus, mais oui, ca ne marche pas. Pas parce ce que les militants sont des mauvais militants, des gens..enfin ca ne tient pas à la qualité de gens, mais c’est justement la démonstration de l’état de dysfonctionnement du modèle qu’on a et comment on se rend compte qu’avec des gens bien disposés, avec bien sûr des agendas personnels mais il y en a toujours, se retrouvent au bout de quelques années à vraiment plus du tout servir la cause pour laquelle ils ont été envoyés. Non pas qu’ils l’aient décidés, certains l’ont peut-être décidés, mais en général ils ont pas décidés de plus le faire, mais c’est juste qu’en fait ils ne le font plus. ils ne le font pas parce qu’ils sont extrêmement minoritaire à l’intérieur du système, qu’ils sont obligés de faire des compromis en permanence, qu’ils n’ont pas beaucoup de moyen, qu’ils sont de plus en plus détachés de leur base, et donc, c’est quelque chose qu’on voit avec les communs, et c’est là qu’en terme de stratégie politique, il me semble qu’à essayer de travailler comme d’habitude en tant qu’activiste, ca ne marchera pas, cad que là par exemple si on se contentait de faire du lobby, à la fois sur nos amis et sur les responsables politiques en général, pour essayer de fare rentrer dans la machine des éléments progressivement, pour amener des amendements, des propositions, en fait c’est un grand travail de patience premièrement, mais surtout ca se fera à une vitesse tellement lente qu’on va être doublé par la droite, par l’extrême droite, et on pourra pas empêcher, enfin de toutes les façons ca sera très difficile en Europe d’empêcher des choses affreuses dans les temps à venir, mais voilà, on sera pas capable de promouvoir de l’alternatif.

5:50 Frédéric

Est ce que tu penses que cette situation là est général au sens elle touche aussi bien le local, le national, l’européen, ou est ce qu’il y a une distinction, des différences à faire ?

6:02 Gaelle

Non, je pense qu’il y a des différences à faire, ce sont des constatations évidentes, il y a des défauts à travailler dans le local, il y a des enjeux de pouvoir, de relation, de copinage, etc, qui se jouent dans le local par exemple, mais en même temps, il y a une proximité qui fait que... je pense que quand même on peut avoir plus de contrôle et justement éviter cet espèce de délitement et que les individus se perdent à l’intérieur des machines, comme on le voit à l’intérieur d’un gouvernement, ou au niveau du conseil européen, ou du parlement européen.

C’est la où les communs et ce qu’on voit se développer à l’horizontal dans les communs avec quand même une montée en puissance assez forte, enfin j’ai l’impression, en quelques années, c’est à ce niveau là, on voit cet espèce de choses qui se répand, où il y a un travail et une confrontation avec la puissance publique au niveau local, et je pense qu’on peut vraiment faire des choses.

7:08 Gaelle

En même temps, il me semble qu’on ne peut pas juste faire ca. Et on ne peut pas juste sur reposer sur le fait que certains des gens qui travaillent sur les communs vont aller apporter la bonne parole dans les institutions à une échelle nationale, européenne ou autre. on ne peut pas faire l’impasse par ce qu’il me semble que peut-être on peut régler certains problèmes purement local et à une échelle municipale par exemple, mais il me semble que souvent c’est compliqué, il y a des imbrications entre les échelles, et puis il y a des décisions, des arbitrages qui sont faits à des niveaux européens, qui vont avoir un impact déterminant, soit par ce qu’ils empêchent des choses du point de vue de la loi, ou alors il empêcheront des choses par ce qu’il ne donnent aucun moyen pour que ces choses existent, et que par contre ils favoriseront des alternatives ou même l’accaparement de ce qu’on est en train de produire et la réutilisation de ce qu’on est en train de produire dans un système qui nous plait pas.

8:12 Gaelle

Pour cette raison là, il me semble qu’on doit..., qu’on peut pas faire l’impasse sur ces niveaux qui sont très difficile à traiter, mais qui sont par exemple national ou européen.

8:23 Frédéric

On a contribué à lancer une démarche au niveau européen, est ce que tu pourrais là décrire ?

8:30 Gaelle

L’idée pour ce que moi j’en vois, c’est de créer ce qu’on a appelé, après discussion collective, l’assemblée européenne des communs, avec une idée un peu vague de ce que ca veut dire assemblée dans ce contexte là, mais l’idée d’avoir un espèce de réseau, alors quand on dit un réseau, on se dit à bah oui les gens sont en réseau, et qu’à l’intérieur des communs, il y a toute sortes de réseaux puisqu’à l’intérieur des communs il y a des gens qui travaillent sur toutes sortes de sujets très différents, donc là l’idée c’est que justement ces réseaux soient en réseau dans un seul grand réseau, mais pour moi l’idée c’est vraiment derrière ce réseau c’est un peu le maillage, l’outil qu’on utilise, pour en fait soutenir le développement d’un mouvement euro sur les communs, et pour moi un mouvement européens sur les communs, c’est des citoyens européens qui font du communing, qui décident de se renforcer les uns les autres à travers ce réseau, et qui du coup portent aussi un certain nombre de propositions politiques en tant qu’européens, pour une Europe, qui va pas nécessairement, certainement pas l’Europe actuelle qu’on a, mais pas nécessairement l’Europe des institutions, et donc pour moi, c’est aussi intéressant que ce soit une force politique qui s’identifie européenne, indépendamment des institutions européennes.

9:58 Frédéric

quels est l’agenda aujourd’hui

10:06 Gaelle

Alors l’agenda, on en est au début des initiatives, donc l’agenda, les gens vont le faire progressivement, moi en tout cas, l’horizon que je peux imaginer ou là où il me semble que c’est une initiative particulièrement pertinente, c’est que précisément ca va nous permettre de créer cette forme d’intervention politique qui va articuler l’action de plus en plus ample des communs au niveau de là où les gens vivent, et puis le monde politique.

Pour moi, c’est un outil pour faire cette entrée en politique des communs, où on vient peut-être avec les moyens de bouleverser un peu la façon dont les choses se font habituellement, c’est-à-dire que d’une part on n’aura pas à s’appuyer sur des formes du types lobbying pour faire entendre notre parole, ni compter sur le fait que certains d’entre nous seront élus ou que on aura des amis parmi les élus, mais j’espère, et dans une forme qui est justement à déterminer, on va pouvoir organiser des confrontations, sans doute en utilisant ce modèle des assemblées qui est à définir, qui est entre ce mouvement qui porte des actions et des propositions pour les citoyens, que les citoyens peuvent concevoir comme quelque chose qui les aide, et comme quelque chose dans lequel ils peuvent intervenir et on espère de plus en plus nombreux, donc ce mouvement de citoyens, pourra rencontrer, confronter, bousculer l’institution politique et les élus sur un terrain qui ne sera pas juste le terrain de la démocratie représentative ou d’un rendez-vous fixé une fois de temps en temps avec un responsable de ministère ou de la commission européenne.

12:07 Gaelle

Donc là où on en est aujourd’hui, c’est un peu le tout début, c’est-à-dire les acteurs se mettent en réseau, enfin les réseaux se mettent en réseaux, j’ai l’impression que les acteurs des différents réseaux sur les différents types de communs ont tout à fait conscience de l’enjeux de travailler ensemble, à la fois parce qu’il y a évidemment des gros enjeux de partage d’expériences, des choses sont en train de se fabriquer, des outils législatifs, donc on a besoin de partager ça pour renforcer, booster les actions des uns et des autres, mais il me semble qu’il y a aussi cette appréhension de l’échelle politique sur laquelle on va peut-être pouvoir travailler ensemble.

La première étape, ca va être une espèce d’assemblée zéro, assemblée des communs zéro qui va avoir lieu à Bruxelles, où là justement on est dans une forme de négociation avec l’institution pour le moment ; l’idée ca serait d’avoir une assemblée des communs par exemple dans le parlement européen, mais selon les modalités des communs, c’est-à-dire une discussion participative, organisée collectivement, pas un modèle traditionnel de conférence où des élus viennent apporter la bonne parole, écouter un petit peu les citoyens et puis applaudir à la fin, mais un vrai truc de rencontres et d’interactions horizontales, donc on va voir si l’institution du parlement européen peut supporter qu’une chose de ce type là se passe, peut-être elle le supportera pas, auquel cas, on le fera hors du parement européen, mais je pense que les gens des institutions auront sont intéressés à voir ce qu’il s’y passe.

Et c’est là à mon avis une des forces des communs, et c’est là où je pense qu’on peut changer un petit peu la façon dont le rapport de force se fait et la discussion organisée avec les responsables politiques, c’est que les commoners quand ils viennent, ils viennent avec tout ce qu’ils sont en train de faire pour les citoyens, et donc je pense qu’il faut pas avoir peur d’être un petit peu arrogant, dans le sens où ce que les commoners font pour les citoyens, ca peut dans pas mal de circonstances être bien plus importants que ce que font les élus pour les citoyens, et je pense qu’il faut qu’on ait pas peur de créer ce parallèle et de questionner aussi le système politique sur ce terrain là, et je pense qu’on peut assez rapidement pour tout un tas de raisons par forcément très glorieuses, eux auront plus d’intérêts à venir voir ce que nous on est en train de faire, que nous à essayer comme on a pu faire par le passé, de leur vendre nos idées parce qu’on est convaincu qu’elles sont bonnes et qu’on pense qu’il faudrait qu’on arrive à les convaincre pour qu’ils les portent, ce qui s’est avéré plutôt une impasse.

14:51 Gaelle

De ce point de vue, si on a pas encore les formes, les modalités exactes de la confrontation, il me semble qu’on est en train d’avoir tous les éléments qui vont nous permettre de nous mettre dans ce type de rapport de force, et ce qu’il faut qu’on fasse par contre, c’est qu’il faut qu’on réfléchisse à ça, c’est-à-dire qu’on pense cette interaction, cette confrontation, à côté des autres formes qu’on a l’habitude de manipuler dans l’activisme, le lobbying, le travail avec le politique.

15:32 Frédéric

j’ai envie de faire un commentaire, ce n’est pas un question, c’est qu’effectivement, c’est ce travail là, cette confrontation là qui est en elle même un des premiers objets de la confrontation et du travail du mouvement des communs de changer les modalités du politique. Alors tu nous l’a bien expliqué.

J’ai une autre question : on peut se décaler de la relation avec le politique avec la relation aujourd’hui avec les autres mouvements sociaux, les autres militants, les autres personnes et organisations qui sont elles-mêmes aussi engagées, qui ont aussi parfois leurs propres dispositifs d’interpellation, de mobilisation de leurs élus et des institutions européennes. Qu’est ce que tu perçois toi de l’enjeu de la construction des alliances, non seulement dans le cercle des communs, mais aussi au delà du cercle des communs, pour aller construire cette confrontation, mais aussi construire des '.

16:42 Gaelle

Mais en fait moi je ne vois pas trop le cercle des communs, si je peux voir le cercle des gens qui sont hyper actifs pour porter la parole des communs et faire de la pédagogie sur le communs, là il y a un cercle, mais aussi le cercle des communs, il y a des tas de gens qui font des communs sauf qu’ils appellent pas ca des communs, et il me semble qu’en terme de stratégie, on peut à peu de frais s’entendre sur le fait qu’on fait tous parti de cette mouvance là, ca ne demandera pas beaucoup de changement de pratiques à ces acteurs qui font des communs sans vraiment le penser, mais par contre il peuvent peut-être assez rapidement voir la plus-value à être capable de s’articuler à certaines occasions. Et il me semble que justement l’assemblée des communs c’est vraiment ça un des enjeux. C’est-à-dire qu’il y a des gens qui travaillent dans plein de secteurs, il y a des gens qui s’identifient clairement comme étant commoners, faisant des communs, il y en a d’autres qui... le mot ne fait pas partie de leur définition de leur activité, je pense qu’ils ont conscience d’en être proche, que rapidement ils peuvent avoir conscience d’en être tout court. Donc ca c’est u travail qu’on a à faire entre nous, pour moi il y a vraiment une question d’intelligence collective. Dans un soucis d’efficacité, dans tomber dans quelque chose de trop productiviste, mais en tout cas, c’est-à-dire s’entendre sur un certain nombre d’objectifs, ou des actions communes à l’occasion, mais ne pas systématiquement cherche à s’entendre sur tout, ne pas vouloir rentrer dans un même moule, ne pas avoir strictement les mêmes objectifs et avoir cette flexibilité, cette intelligence de vouloir travailler ensemble quand c’est faisable, ou à côté, à d’autres moments.

18:35 Frédéric

On est au Forum Social Mondial, qu’et ce que tu retiens ou qu’est ce que tu apprends. Qu’est ce qu’on retire de ...

18:50 Gaelle

Mon expérience des FSM, c’était ceux d’il y a assez longtemps où les gens étaient un peu dans une stratégie de faire nombre et d’être dans une démonstration de croissance. Je pense que les choses ont changé, on n’est plus du tout là dedans, je pense que de toutes les façons, ca a ses limites en termes de capacité de réaliser des choses politiquement à partir de ca, donc là pour moi ce forum social c’est vraiment un temps de travail.

Bien sûr il y a du réseautage, bien sûr c’est l’occasion de prendre la mesure de ce qui se passe ailleurs, ce qui est très important par ce que ca nourrit aussi les motivations, c’est-à-dire des choses assez classiques. Moi je connais certaines expériences européennes dans lesquelles je suis impliquées ou qui sont assez proches de moi. j’ai l’occasion d’en savoir plus sur ce que font d’autres gens, ici par exemple, à Montréal ou au Québec, où je suis quand même assez bluffé par la vivacité d’activité, de petites expériences ou des plus grandes, ou toute sorte de choses, en Amérique latine ou... des choses que je connais pour en avoir entendu parlé, mais là j’ai l’occasion de rencontrer les gens qui les font, bon. Après, c’est aussi l’occasion de faire le point sur ce qui marche ou ce qui ne marche pas. Et donc c’est l’occasion de tester no hypothèses, partager les outils : partager les outils c’est essentiel. C’est rien d’extrêmement sexy dans un sens. c’est pour ca que je dis que c’est un temps de travail, c’est pas hyper sexy mais c’est hyper utile je pense.

sur le partage des outils, sur la confrontation des expériences notamment les échecs, qui nous aident à penser, à réfléchir la suite.

20:38 Frédéric

Pour finir, est ce qu’il ya quelque chose que tu veux dire ?

20:42

blanc

21:04 Frédéric

Pour te laisser le temps de penser, est ce que tu as l’occasion de voir de près des expériences latino-américaines, en matière de conquête du pouvoir.

21:20 Gaelle

je n’ai pas été ce matin, et je sais pas si c’est bien ou si c’est mal, si c’est bien que je me sois préservé, en même temps j’ai la curiosité

21:34 Alain

Moi j’ai une question qui est liée à ça :

21:41 Gaelle

Il ya une chose que je voulais dire, pardon. C’est sur la question du partenariat avec l’état, enfin les relations avec l’état. J’en ai un peu parlé, mais je voulais insister. Car c’est vrai que souvent dans les communs qui se font... Je crois que les gens avancent beaucoup sur les formes de collaborations avec l’état, enfin de confrontations dans certains cas, de négociations, de collaborations. Il y a des collaborations intéressantes qui se développent, des outils, des espaces pour organiser ces échanges, beaucoup de choses se font. et là je rejoins ce que je disais tout à l’heure, ce qui me préoccupe un peu c’est qu’on fait ça, mais on arrive pas à penser la montée à l’échelle à d’autres échelles comme l’échelle régionale, qui sont compliquées parce qu’évidemment, ce ne sont pas des échelles où on fait du commun en tant que tel. q

Ou alors si on se mettait à faire du commun à ces échelles là, ca ferait du commun comme de la façon de faire de la politique, c’est-à-dire dans la façon de gérer la discussion sur l’organisation de la cité, et c’est précisément ca qu’il faudrait qu’on fasse. amis c’est vrai qu’il y a pas beaucoup de pratique de communing, donc du coup, on est confronté à ... enfin la tendance naturelle serait de laisser faire ce qui font des choses, d’un côté, puis d’avoir ceux qui font aller se connecter au réseau politique, et il me semble qu’il faut vraiment qu’on arrive à ne pas faire ça, et parce qu’on a pas envie d’avoir ce type de fonctionnement. Ca ressemblerait pas du tout à l’esprit des communs, et en même temps, c’est très facile de glisser vers ca en fait. par ce que pratiquement l’accès aux responsables politiques, l’accès aux institutions, l’accès au pouvoir centralisé ,il a ses petits canaux, et puis même parmi nous, on a des habitude, des pratiques, des habitudes de rapports à ce type de gens-là, mais là je crois qu’il faut qu’on arrive vraiment à penser ça, penser vraiment comment on veut le faire, pour ne pas, par facilité, faire quelque chose qui ne va pas ressembler à notre projet.

Et pour ne pas non plus abandonner ce niveau là parce que ce serait un gâchis terrible de faire cette économie là.

Et donc, c’était quoi ta question ?

24:03 Alain

Dans vos conversations comme ca, entre deux activités, je t’ai trouvé un peu sceptique par rapport à ce laboratoire . Quand on parle de Barcelone, je veux voir des résultats

24:28 Gaelle

En Europe, on est bien maltraité ces temps-ci. J’ai suivi d’assez près ce qui s’est passé en Grèce, où on se retrouve dans la situation classique où on a des amis, des alliés élus, qui par après les jeux des institutions se retrouvent dans des positions d’être mises de ci ou de ca, des choses stupéfiantes, et ca devient une impasse, à cause de l’Europe c’est pour ça qu’on peut pas ne pas vouloir être présent politiquement au niveau européen, et bousculer la façons dont la politique se fait au niveau européen, ce qui est un énorme chantier, j’en suis bien consciente, mais en même temps, on a bien vu qu’en Grèce, des gens qui avaient des convictions, à un moment se retrouvent dans des pièges et incapables de pouvoir avancer. Alors au niveau de Barcelone, c’est pareil. Les gens ont réussi à déjouer beaucoup de pièges entre eux, et dieu sait que dans les milieux politiques, on a eu l’occasion d’aborder le sujet dans certaines réunions sur la question des égotrips, mais pas que ça, il y a plein de choses qui font que réussir à être efficace en politique, ca nuit pas mal à l’action politique. Donc je trouve que le gens dans certains cas ont réussi à manœuvrer au milieu de tout ca, maintenant, quand on se retrouve en situation d’être en charge du pouvoir, tout à coup, je suis pas sûr que la question des communs, ce soit le premier truc qui soit sur l’agenda, et par ailleurs, on sait que les gens qui sont dans ces positions là, ne vont pas seulement être attendus... ; toutes sortes de pièges vont leur être tendus. Parce que s’ils arrivent à faire la démonstration d’une certaine efficacité, enfin ne pas se retrouver en porte à faux avec les gens qui les ont élus, très rapidement, ca crée des problèmes dans le système.

Il me semble que pour l’instant, on n’a pas été dans des situations où on a réussi ce pari-là, et que, à chaque fois, ca n’a pas marché. D’où pour moi cette idée, et ca va avec l’idée des réseaux de villes aussi, car il me semble que les communs, une très bonne échelle, c’est la localité, jusqu’à l’échelle de la ville et voir certaines grosses villes, ca fonctionne bien, avoir ces maillages, avoir ces réseaux, c’est une façon de construire une présence politique citoyenne européenne grâce à laquelle on peut peut-être bousculer l’establishment politique, mais ca veut dire qu’il va falloir venir avec des propositions et ne pas avoir peur de faire des propositions, et ça c’est pas facile parce que dire l’échec de la démocratie participative, pardon la démocratie représentative, ca fait des décennies que les gens en parlent, bon..

Mais je trouve que vraiment ce qu’il se passe avec les communs en ce moment, ca nous sort aussi de l’alternative habituelle : qui va être réformiste, qui va être révolutionnaire ? Il me semble que là on produit un contexte où on peut se mettre à penser les choses pas du tout de cette façons-là, et du coup je pense qu’il va falloir être capable de produire des espèces d’innovation dans les propositions d’interactions avec les politiques.

28:12 Gaelle

C’est optimiste, sans avoir vraiment des idées de comment, mais...

conversation Alain-Gaëlle sur l’expérience bolivienne

ANGLAIS

0:25 Gaelle

Je m’appelle Gaëlle Krikorian, je suis sociologue et activiste

My name is Gaëlle Krikorian, I am a sociologist and activist.

0:30 Frédéric

Dans quel domaine es-tu engagée ?

What field are you engaged in?

0:34 Gaelle

Dans différents domaines. Je suis engagée sur les questions qui tournent autour des problèmes créés par la protection intellectuelle, ça peut être le domaine médical avec les brevets, ca peut être le domaine de l’accès à la connaissance avec les droits d’auteurs, je suis engagé sur les questions féministes, ou d’égalité des droits, je suis engagée sur la question des communs.

I’m in different fields. I work on questions surrounding problems created by intellectual property protection, which can be patents in the medical field, or it can be access to knowledge and copyright, I’m engaged in feminist subjects, or equality of rights, I’m engaged with the subject of the commons.

1:05 Frédéric

tu as une expérience dans le milieu politique, à travers ton engagement et ton activité professionnelle. Comment est ce que tu vois ce milieu aujourd’hui?

You have experience in the political environment, through your engagement and your professional activity. How do you see this environment today?

1:20 Gaelle

Le milieu politique : mon expérience c’est d’avoir travaillé comme conseillère politique au parlement européen, d’avoir été un peu engagée auprès des verts, Europe Ecologie les verts en France, pas extrêmement engagée, mais au moins engagée dans le cadre d’une commission qui travaillait justement sur les questions du partage. Donc j’ai suivi l’évolution d’EELV qui était un peu un projet pour essayer de faire de la politique autrement. Ça a été lancé.

The political environment: my experience is that I have worked as a political counselor to the European Parliament, have been engaged towards the Greens, Ecology Europe the Greens (EELV) in France, not extremely engaged, but at least as part of a comission that worked on questions of sharing. So I followed the evolution of the EELV which was sort of a project to try to do politics differently. It was launched.

Et puis l’arrivée des verts au parlement européen, enfin pas l’arrivée des verts au parlement, mais l’arrivée en grand nombre, à un moment où il y avait une cinquantaine de députés, dont une quinzaine de députés français, suite à un grand score des verts aux élections européennes.

And so there was the arrival of the Greens to the European Parliament, well not the arrival of the Greens in parliament, but the arrival in large numbers, to a moment where there were around 50 deputies, of which about 15 were French deputies, following a good showing of Greens in the European elections.

Donc, il y a deux aspects dans ma réponse. Il y a peut-être la façon dont je vois comment ces expériences ont été menées et comment elles ont abouti. Et après il y a le contexte politique plus général en France, en Europe et plus largement.

So there are two aspects in my response. There is maybe the way in which I see how these experiences have been conducted and how they have suceeded. And then there is the more general political context in France, and in Europe at large.

Pour commencer sur ce deuxième aspect, surtout en regardant la situation en France et en Europe aujourd’hui, c’est pas nouveau de dire ça, mais on a vraiment le sentiment qu’on est dans une impasse totale, avec le système de démocratie représentative, qu’on arrive pas... Là c’est même pas qu’on arrive pas à avancer, mais c’est qu’on arrive pas ne serait-ce à avoir les conversations qu’on voudrait avoir. Et au contraire, au lieu d’avoir les conversations qu’on voudrait avoir, on est entraîné sur des terrains politiques qui nous intéresse pas et sans doute vont nous amener sur des choses assez dangereuses sur les années à venir.

To start on this second aspect, above all looking at the situation in France and in Europe today - it’s not new to say, but we really have the feeling that we are at a total impasse with our system of representative democracy, that it’s not working... That doesn’t mean we are not advancing, but that we won’t be able to have the conversations that we would like to have. And to the contrary, in place of having these conversations that we would like to have, we are driven to political terrain that do not interest us and that without doubt will bring us to quite dangerous things in the years to come.

3:10 Gaelle

Donc ca c’est le contexte à la fois français et européen, je pense que les deux sont quand même assez proches. Le problème c’est que répondre à ca, si on regarde ce qu’il s’est passé avec les initiatives qui ont été tentées, celles que je connais bien, c’est pas très rassurant. C’est même assez déprimant, et dans un premier temps, ca pourrait nous amener à penser qu’en fait on a plus d’alternatives, parce qu’en gros, l’idée de puiser dans les mouvements sociaux pour envoyer des gens nous représenter, on doit tirer un trait là-dessus, mais oui, ca ne marche pas. Pas parce ce que les militants sont des mauvais militants, des gens..enfin ca ne tient pas à la qualité de gens, mais c’est justement la démonstration de l’état de dysfonctionnement du modèle qu’on a et comment on se rend compte qu’avec des gens bien disposés, avec bien sûr des agendas personnels mais il y en a toujours, se retrouvent au bout de quelques années à vraiment plus du tout servir la cause pour laquelle ils ont été envoyés.

So these are the French and European contexts, and I think that the two are similar. The problem is that to respond to them, if we see what’s happened with the initiatives that we’ve attempted - those that I know well - it’s not very reassuring. It’s even somewhat depressing, and initially, this could lead us to think that we in fact have more alternatives, because, basically, the idea to draw on the social movements to send people to represent us, we must underline it, but yes, it doesn’t work. Not because the activists are bad activists, but that people... well, it doesn’t have to do with the quality of people, but rather the demonstration of dysfunction of the state model that we have, and how we confront the fact that well-intentioned people - certainly with personal agendas but those are always there - find themselves in a few years time having completely stopped serving the cause that they were sent for.

Non pas qu’ils l’aient décidés, certains l’ont peut-être décidés, mais en général ils ont pas décidés de plus le faire, mais c’est juste qu’en fait ils ne le font plus. ils ne le font pas parce qu’ils sont extrêmement minoritaire à l’intérieur du système, qu’ils sont obligés de faire des compromis en permanence, qu’ils n’ont pas beaucoup de moyen, qu’ils sont de plus en plus détachés de leur base, et donc, c’est quelque chose qu’on voit avec les communs, et c’est là qu’en terme de stratégie politique, il me semble qu’à essayer de travailler comme d’habitude en tant qu’activiste, ca ne marchera pas, cad que là par exemple si on se contentait de faire du lobby, à la fois sur nos amis et sur les responsables politiques en général, pour essayer de fare rentrer dans la machine des éléments progressivement, pour amener des amendements, des propositions, en fait c’est un grand travail de patience premièrement, mais surtout ca se fera à une vitesse tellement

lente qu’on va être doublé

par la droite, par l’extrême droite, et on pourra pas empêcher, enfin de toutes les façons ca sera très difficile en Europe d’empêcher des choses affreuses dans les temps à venir, mais voilà, on sera pas capable de promouvoir de l’alternatif.

Not that they have decided to - well, maybe certain people have, but in general they haven’t decided to stop doing it, it’s that they just don’t do it anymore. They don’t because they are an extreme minority inside the system, that are obliged to continually make compromises, that don’t have strong means, that are more and more detached from their base, and well, it’s something that we see with the commons, and it’s there that in terms of political strategy, it seems to me that to try to function as usual won’t work, i.e. if for example we were content to lobby both our friends and for political responsibilities in general, to try to get elements integrated progressively, to bring amendments, propositions - well it takes a large amount of patience first, but above all it will go at such a slow rate that we will be doubled by the right, by the extreme right, and we won’t be able to slow them down. Well in all cases it will be very difficult in Europe to prevent terrible things in the times to come, but there you have it, we won’t be able to promote the alternative.

5:50 Frédéric

Est ce que tu penses que cette situation là est général au sens elle touche aussi bien le local, le national, l’européen, ou est ce qu’il y a une distinction, des différences à faire ?

Do you think that the situation you just described is general in the sense that it equally affects the local, the national, and the European levels, or are there distinctions, differences to make?

6:02 Gaelle

Non, je pense qu’il y a des différences à faire, ce sont des constatations évidentes, il y a des défauts à travailler dans le local, il y a des enjeux de pouvoir, de relation, de copinage, etc, qui se jouent dans le local par exemple, mais en même temps, il y a une proximité qui fait que... je pense que quand même on peut avoir plus de contrôle et justement éviter cet espèce de délitement et que les individus se perdent à l’intérieur des machines, comme on le voit à l’intérieur d’un gouvernement, ou au niveau du conseil européen, ou du parlement européen.

C’est la où les communs et ce qu’on voit se développer à l’horizontal dans les communs avec quand même une montée en puissance assez forte, enfin j’ai l’impression, en quelques années, c’est à ce niveau là, on voit cet espèce de choses qui se répand, où il y a un travail et une confrontation avec la puissance publique au niveau local, et je pense qu’on peut vraiment faire des choses.

7:08 Gaelle

En même temps, il me semble qu’on ne peut pas juste faire ca. Et on ne peut pas juste sur reposer sur le fait que certains des gens qui travaillent sur les communs vont aller apporter la bonne parole dans les institutions à une échelle nationale, européenne ou autre. on ne peut pas faire l’impasse par ce qu’il me semble que peut-être on peut régler certains problèmes purement local et à une échelle municipale par exemple, mais il me semble que souvent c’est compliqué, il y a des imbrications entre les échelles, et puis il y a des décisions, des arbitrages qui sont faits à des niveaux européens, qui vont avoir un impact déterminant, soit par ce qu’ils empêchent des choses du point de vue de la loi, ou alors il empêcheront des choses par ce qu’il ne donnent aucun moyen pour que ces choses existent, et que par contre ils favoriseront des alternatives ou même l’accaparement de ce qu’on est en train de produire et la réutilisation de ce qu’on est en train de produire dans un système qui nous plait pas.

8:12 Gaelle

Pour cette raison là, il me semble qu’on doit..., qu’on peut pas faire l’impasse sur ces niveaux qui sont très difficile à traiter, mais qui sont par exemple national ou européen.

8:23 Frédéric

On a contribué à lancer une démarche au niveau européen, est ce que tu pourrais là décrire ?

8:30 Gaelle

L’idée pour ce que moi j’en vois, c’est de créer ce qu’on a appelé, après discussion collective, l’assemblée européenne des communs, avec une idée un peu vague de ce que ca veut dire assemblée dans ce contexte là, mais l’idée d’avoir un espèce de réseau, alors quand on dit un réseau, on se dit à bah oui les gens sont en réseau, et qu’à l’intérieur des communs, il y a toute sortes de réseaux puisqu’à l’intérieur des communs il y a des gens qui travaillent sur toutes sortes de sujets très différents, donc là l’idée c’est que justement ces réseaux soient en réseau dans un seul grand réseau, mais pour moi l’idée c’est vraiment derrière ce réseau c’est un peu le maillage, l’outil qu’on utilise, pour en fait soutenir le développement d’un mouvement euro sur les communs, et pour moi un mouvement européens sur les communs, c’est des citoyens européens qui font du communing, qui décident de se renforcer les uns les autres à travers ce réseau, et qui du coup portent aussi un certain nombre de propositions politiques en tant qu’européens, pour une Europe, qui va pas nécessairement, certainement pas l’Europe actuelle qu’on a, mais pas nécessairement l’Europe des institutions, et donc pour moi, c’est aussi intéressant que ce soit une force politique qui s’identifie européenne, indépendamment des institutions européennes.

9:58 Frédéric

quels est l’agenda aujourd’hui

10:06 Gaelle

Alors l’agenda, on en est au début des initiatives, donc l’agenda, les gens vont le faire progressivement, moi en tout cas, l’horizon que je peux imaginer ou là où il me semble que c’est une initiative particulièrement pertinente, c’est que précisément ca va nous permettre de créer cette forme d’intervention politique qui va articuler l’action de plus en plus ample des communs au niveau de là où les gens vivent, et puis le monde politique.

Pour moi, c’est un outil pour faire cette entrée en politique des communs, où on vient peut-être avec les moyens de bouleverser un peu la façon dont les choses se font habituellement, c’est-à-dire que d’une part on n’aura pas à s’appuyer sur des formes du types lobbying pour faire entendre notre parole, ni compter sur le fait que certains d’entre nous seront élus ou que on aura des amis parmi les élus, mais j’espère, et dans une forme qui est justement à déterminer, on va pouvoir organiser des confrontations, sans doute en utilisant ce modèle des assemblées qui est à définir, qui est entre ce mouvement qui porte des actions et des propositions pour les citoyens, que les citoyens peuvent concevoir comme quelque chose qui les aide, et comme quelque chose dans lequel ils peuvent intervenir et on espère de plus en plus nombreux, donc ce mouvement de citoyens, pourra rencontrer, confronter, bousculer l’institution politique et les élus sur un terrain qui ne sera pas juste le terrain de la démocratie représentative ou d’un rendez-vous fixé une fois de temps en temps avec un responsable de ministère ou de la commission européenne.

12:07 Gaelle

Donc là où on en est aujourd’hui, c’est un peu le tout début, c’est-à-dire les acteurs se mettent en réseau, enfin les réseaux se mettent en réseaux, j’ai l’impression que les acteurs des différents réseaux sur les différents types de communs ont tout à fait conscience de l’enjeux de travailler ensemble, à la fois parce qu’il y a évidemment des gros enjeux de partage d’expériences, des choses sont en train de se fabriquer, des outils législatifs, donc on a besoin de partager ça pour renforcer, booster les actions des uns et des autres, mais il me semble qu’il y a aussi cette appréhension de l’échelle politique sur laquelle on va peut-être pouvoir travailler ensemble.

La première étape, ca va être une espèce d’assemblée zéro, assemblée des communs zéro qui va avoir lieu à Bruxelles, où là justement on est dans une forme de négociation avec l’institution pour le moment ; l’idée ca serait d’avoir une assemblée des communs par exemple dans le parlement européen, mais selon les modalités des communs, c’est-à-dire une discussion participative, organisée collectivement, pas un modèle traditionnel de conférence où des élus viennent apporter la bonne parole, écouter un petit peu les citoyens et puis applaudir à la fin, mais un vrai truc de rencontres et d’interactions horizontales, donc on va voir si l’institution du parlement européen peut supporter qu’une chose de ce type là se passe, peut-être elle le supportera pas, auquel cas, on le fera hors du parement européen, mais je pense que les gens des institutions auront sont intéressés à voir ce qu’il s’y passe.

Et c’est là à mon avis une des forces des communs, et c’est là où je pense qu’on peut changer un petit peu la façon dont le rapport de force se fait et la discussion organisée avec les responsables politiques, c’est que les commoners quand ils viennent, ils viennent avec tout ce qu’ils sont en train de faire pour les citoyens, et donc je pense qu’il faut pas avoir peur d’être un petit peu arrogant, dans le sens où ce que les commoners font pour les citoyens, ca peut dans pas mal de circonstances être bien plus importants que ce que font les élus pour les citoyens, et je pense qu’il faut qu’on ait pas peur de créer ce parallèle et de questionner aussi le système politique sur ce terrain là, et je pense qu’on peut assez rapidement pour tout un tas de raisons par forcément très glorieuses, eux auront plus d’intérêts à venir voir ce que nous on est en train de faire, que nous à essayer comme on a pu faire par le passé, de leur vendre nos idées parce qu’on est convaincu qu’elles sont bonnes et qu’on pense qu’il faudrait qu’on arrive à les convaincre pour qu’ils les portent, ce qui s’est avéré plutôt une impasse.

14:51 Gaelle

De ce point de vue, si on a pas encore les formes, les modalités exactes de la confrontation, il me semble qu’on est en train d’avoir tous les éléments qui vont nous permettre de nous mettre dans ce type de rapport de force, et ce qu’il faut qu’on fasse par contre, c’est qu’il faut qu’on réfléchisse à ça, c’est-à-dire qu’on pense cette interaction, cette confrontation, à côté des autres formes qu’on a l’habitude de manipuler dans l’activisme, le lobbying, le travail avec le politique.

15:32 Frédéric

j’ai envie de faire un commentaire, ce n’est pas un question, c’est qu’effectivement, c’est ce travail là, cette confrontation là qui est en elle même un des premiers objets de la confrontation et du travail du mouvement des communs de changer les modalités du politique. Alors tu nous l’a bien expliqué.

J’ai une autre question : on peut se décaler de la relation avec le politique avec la relation aujourd’hui avec les autres mouvements sociaux, les autres militants, les autres personnes et organisations qui sont elles-mêmes aussi engagées, qui ont aussi parfois leurs propres dispositifs d’interpellation, de mobilisation de leurs élus et des institutions européennes. Qu’est ce que tu perçois toi de l’enjeu de la construction des alliances, non seulement dans le cercle des communs, mais aussi au delà du cercle des communs, pour aller construire cette confrontation, mais aussi construire des '.

16:42 Gaelle

Mais en fait moi je ne vois pas trop le cercle des communs, si je peux voir le cercle des gens qui sont hyper actifs pour porter la parole des communs et faire de la pédagogie sur le communs, là il y a un cercle, mais aussi le cercle des communs, il y a des tas de gens qui font des communs sauf qu’ils appellent pas ca des communs, et il me semble qu’en terme de stratégie, on peut à peu de frais s’étendre sur le fait qu’on fait tous parti de cette mouvance là, ca ne demandera pas beaucoup de changement de pratiques à ces acteurs qui font des communs sans vraiment le penser, mais par contre il peuvent peut-être assez rapidement voir la plus-value à être capable de s’articuler à certaines occasions. Et il me semble que justement l’assemblée des communs c’est vraiment ça un des enjeux. C’est-à-dire qu’il y a des gens qui travaillent dans plein de secteurs, il y a des gens qui s’identifient clairement comme étant commoners, faisant des communs, il y en a d’autres qui... le mot ne fait pas partie de leur définition de leur activité, je pense qu’ils ont conscience d’en être proche, que rapidement ils peuvent avoir conscience d’en être tout court. Donc ca c’est u travail qu’on a à faire entre nous, pour moi il y a vraiment une question d’intelligence collective. Dans un soucis d’efficacité, dans tomber dans quelque chose de trop productiviste, mais en tout cas, c’est-à-dire s’entendre sur un certain nombre d’objectifs, ou des actions communes à l’occasion, mais ne pas systématiquement cherche à s’entendre sur tout, ne pas vouloir rentrer dans un même moule, ne pas avoir strictement les mêmes objectifs et avoir cette flexibilité, cette intelligence de vouloir travailler ensemble quand c’est faisable, ou à côté, à d’autres moments.

18:35 Frédéric

On est au Forum Social Mondial, qu’et ce que tu retiens ou qu’est ce que tu apprends. Qu’est ce qu’on retire de ...

18:50 Gaelle

Mon expérience des FSM, c’était ceux d’il y a assez longtemps où les gens étaient un peu dans une stratégie de faire nombre et d’être dans une démonstration de croissance. Je pense que les choses ont changé, on n’est plus du tout là dedans, je pense que de toutes les façons, ca a ses limites en termes de capacité de réaliser des choses politiquement à partir de ca, donc là pour moi ce forum social c’est vraiment un temps de travail.

Bien sûr il y a du réseautage, bien sûr c’est l’occasion de prendre la mesure de ce qui se passe ailleurs, ce qui est très important par ce que ca nourrit aussi les motivations, c’est-à-dire des choses assez classiques. Moi je connais certaines expériences européennes dans lesquelles je suis impliquées ou qui sont assez proches de moi. j’ai l’occasion d’en savoir plus sur ce que font d’autres gens, ici par exemple, à Montréal ou au Québec, où je suis quand même assez bluffé par la vivacité d’activité, de petites expériences ou des plus grandes, ou toute sorte de choses, en Amérique latine ou... des choses que je connais pour en avoir entendu parlé, mais là j’ai l’occasion de rencontrer les gens qui les font, bon. Après, c’est aussi l’occasion de faire le point sur ce qui marche ou ce qui ne marche pas. Et donc c’est l’occasion de tester no hypothèses, partager les outils : partager les outils c’est essentiel. C’est rien d’extrêmement sexy dans un sens. c’est pour ca que je dis que c’est un temps de travail, c’est pas hyper sexy mais c’est hyper utile je pense.

sur le partage des outils, sur la confrontation des expériences notamment les échecs, qui nous aident à penser, à réfléchir la suite.

20:38 Frédéric

Pour finir, est ce qu’il ya quelque chose que tu veux dire ?

20:42

blanc

21:04 Frédéric

Pour te laisser le temps de penser, est ce que tu as l’occasion de voir de près des expériences latino-américaines, en matière de conquête du pouvoir.

21:20 Gaelle

je n’ai pas été ce matin, et je sais pas si c’est bien ou si c’est mal, si c’est bien que je me sois préservé, en même temps j’ai la curiosité

21:34 Alain

Moi j’ai une question qui est liée à ça :

21:41 Gaelle

Il ya une chose que je voulais dire, pardon. C’est sur la question du partenariat avec l’état, enfin les relations avec l’état. J’en ai un peu parlé, mais je voulais insister. Car c’est vrai que souvent dans les communs qui se font... Je crois que les gens avancent beaucoup sur les formes de collaborations avec l’état, enfin de confrontations dans certains cas, de négociations, de collaborations. Il y a des collaborations intéressantes qui se développent, des outils, des espaces pour organiser ces échanges, beaucoup de choses se font. et là je rejoins ce que je disais tout à l’heure, ce qui me préoccupe un peu c’est qu’on fait ça, mais on arrive pas à penser la montée à l’échelle à d’autres échelles comme l’échelle régionale, qui sont compliquées parce qu’évidemment, ce ne sont pas des échelles où on fait du commun en tant que tel.

Ou alors si on se mettait à faire du commun à ces échelles là, ca ferait du commun comme de la façon de faire de la politique, c’est-à-dire dans la façon de gérer la discussion sur l’organisation de la cité, et c’est précisément ca qu’il faudrait qu’on fasse. amis c’est vrai qu’il y a pas beaucoup de pratique de communing, donc du coup, on est confronté à ... enfin la tendance naturelle serait de laisser faire ce qui font des choses, d’un côté, puis d’avoir ceux qui font aller se connecter au réseau politique, et il me semble qu’il faut vraiment qu’on arrive à ne pas faire ça, et parce qu’on a pas envie d’avoir ce type de fonctionnement. Ca ressemblerait pas du tout à l’esprit des communs, et en même temps, c’est très facile de glisser vers ca en fait. par ce que pratiquement l’accès aux responsables politiques, l’accès aux institutions, l’accès au pouvoir centralisé ,il a ses petits canaux, et puis même parmi nous, on a des habitude, des pratiques, des habitudes de rapports à ce type de gens-là, mais là je crois qu’il faut qu’on arrive vraiment à penser ça, penser vraiment comment on veut le faire, pour ne pas, par facilité, faire quelque chose qui ne va pas ressembler à notre projet.

Et pour ne pas non plus abandonner ce niveau là parce que ce serait un gâchis terrible de faire cette économie là.

Et donc, c’était quoi ta question ?

24:03 Alain

Dans vos conversations comme ca, entre deux activités, je t’ai trouvé un peu sceptique par rapport à ce laboratoire . Quand on parle de Barcelone, je veux voir des résultats

24:28 Gaelle

En Europe, on est bien maltraité ces temps-ci. J’ai suivi d’assez près ce qui s’est passé en Grèce, où on se retrouve dans la situation classique où on a des amis, des alliés élus, qui par après les jeux des institutions se retrouvent dans des positions d’être mises de ci ou de ca, des choses stupéfiantes, et ca devient une impasse, à cause de l’Europe c’est pour ça qu’on peut pas ne pas vouloir être présent politiquement au niveau européen, et bousculer la façons dont la politique se fait au niveau européen, ce qui est un énorme chantier, j’en suis bien consciente, mais en même temps, on a bien vu qu’en Grèce, des gens qui avaient des convictions, à un moment se retrouvent dans des pièges et incapables de pouvoir avancer. Alors au niveau de Barcelone, c’est pareil. Les gens ont réussi à déjouer beaucoup de pièges entre eux, et dieu sait que dans les milieux politiques, on a eu l’occasion d’aborder le sujet dans certaines réunions sur la question des égotrips, mais pas que ça, il y a plein de choses qui font que réussir à être efficace en politique, ca nuit pas mal à l’action politique. Donc je trouve que le gens dans certains cas ont réussi à manœuvrer au milieu de tout ca, maintenant, quand on se retrouve en situation d’être en charge du pouvoir, tout à coup, je suis pas sûr que la question des communs, ce soit le premier truc qui soit sur l’agenda, et par ailleurs, on sait que les gens qui sont dans ces positions là, ne vont pas seulement être attendus... ; toutes sortes de pièges vont leur être tendus. Parce que s’ils arrivent à faire la démonstration d’une certaine efficacité, enfin ne pas se retrouver en porte à faux avec les gens qui les ont élus, très rapidement, ca crée des problèmes dans le système.

Il me semble que pour l’instant, on n’a pas été dans des situations où on a réussi ce pari-là, et que, à chaque fois, ca n’a pas marché. D’où pour moi cette idée, et ca va avec l’idée des réseaux de villes aussi, car il me semble que les communs, une très bonne échelle, c’est la localité, jusqu’à l’échelle de la ville et voir certaines grosses villes, ca fonctionne bien, avoir ces maillages, avoir ces réseaux, c’est une façon de construire une présence politique citoyenne européenne grâce à laquelle on peut peut-être bousculer l’establishment politique, mais ca veut dire qu’il va falloir venir avec des propositions et ne pas avoir peur de faire des propositions, et ça c’est pas facile parce que dire l’échec de la démocratie participative, pardon la démocratie représentative, ca fait des décennies que les gens en parlent, bon..

Mais je trouve que vraiment ce qu’il se passe avec les communs en ce moment, ca nous sort aussi de l’alternative habituelle : qui va être réformiste, qui va être révolutionnaire ? Il me semble que là on produit un contexte où on peut se mettre à penser les choses pas du tout de cette façons-là, et du coup je pense qu’il va falloir être capable de produire des espèces d’innovation dans les propositions d’interactions avec les politiques.

28:12 Gaelle

C’est optimiste, sans avoir vraiment des idées de comment, mais...

conversation Alain-Gaëlle sur l’expérience bolivienne

FR

Entrevue réalisée à l'occasion du 12ème Forum Social Mondial tenu à Montréal du 9 au 14 août 2016. Pour la première fois dans l'histoire du FSM un Espace des Communs offrait différents ateliers et activités culturelles avec la participation de « commoners » théoriciens et praticiens de nombreux pays.

ES

Entrevista realizada en ocasion del 12mo Foro social Mundial realizado en Montreal del 9 al 14 de agosto de 2016. Por primera vez en la historia del FSM un Espacio de los Comunes ofrecia varios talleres y actividades culturales con la participacion de « commoners » teoricos y activistas de numerosos paises.

EN

Interview taped at the 12 th World Social Forum in Montreal August 9th to 14th 2016. For the first time in the history of WSF a Commons Space held various workshops and cultural activities with the participation of commoners, both theoreticians and practitioners, from numerous countries.