Histoire récente de l'économie sociale au Québec

De Wiki Remix Biens Communs
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Métadonnées

Auteur(s) NEAMTAM Nancy
Producteur(s) Remix The Commons
Date de publication 2017/01/02
Durée 00:19:48
Langue du contenu FR
Fait partie de Commons Space
Média Vidéo
URL de diffusion https://www.youtube.com/watch?v=BzWpt-y-zJU
Service de diffusion youtube
Identifiant de diffusion BzWpt-y-zJU
Pays Canada
Contexte de production Commons Space (FSM 2016, Montréal)
Participant(s) AMBROSI Alain
Contributeur(s) LÉONARD Nicole, SAURET Nicolas, LESSARD-BÉRUBÉ Stéphanie
Type de licence CC-BY-SA


Bonjour Nancy, j’aimerais d’abord que tu te présentes et que tu nous dises pourquoi tu (???)

0:25

Je m’appelle Nancy N., et je travaille depuis bientôt 20 ans, avec une organisation qui s’appelle "le chantier de l’économie sociale" et je suis une militante depuis plus de 40 ans dans le développement local, le développement communautaire, et maintenant le mouvement de l’économie sociale et solidaire au Québec.

00:50

On assiste depuis quelques temps et depuis le FSM de Belém, à ce qu’on peut appeler l’émergence de ce qu’on appelle maintenant les communs. Les biens communs sont devenus les communs. Comment est-ce qu’en tant que militante de l’ESS, tu te considères par rapport à cette nouvelle mouvance ?

1:15

Pour moi, c’est l’articulation de mouvances que je considère que j’appartiens depuis très longtemps c’est-à-dire l’action citoyenne qui agit collectivement dans son milieu, dans le domaine de l’ESS, on parle de l’action citoyenne collective au cœur de l’économie mais c’est sûr que le Commons il voit plus voit dans le sens de dire comment on s’approprie autant le matériel que l’immatériel dans le sens du bien communs. Mais je trouve que dans le fond, si c’est pas exactement un couple, c’est minimalement dans une famille très rapproché parce qu’on est toujours dans le même sens de dire que affirmer que les citoyens les citoyennes organisés collectivement doivent premièrement prendre une beaucoup plus grande place dans l’organisation de la société, mais aussi peut produire des résultats qui bénéficient autant aux individus qu’à la collectivité. Et ça on est capable de le démontrer d’une manière répétée bien qu’on essaie constamment d’effacer cette réalité.

Et je trouve que un des éléments intéressant de la notion de communs, c’est qu’effectivement, ça donne une plus grande visibilité à l’ensemble de ces activités-là.

Par exemple, dans le domaine de l’ESS, on parle beaucoup des organisations plus formelles, parce qu’on est dans l’économie donc on parle de coopératives, on parle de mutuelles, on parle d’associations, le communs, il dépasse un peu ça, mais on le voit de plus en plus et notamment avec les nouvelles technologies, le numérique, jusqu’à quel point même les frontières du formel puis l’informel sont de moins en moins claires, et donc ces espaces-là, sont un peu comme une tâche d’encre, j’espère, qui va construire un ...

3:13

On assiste de plus en plus à l’émergence de politique des communs, au niveau local, au niveau municipal, dans certains états d’Amérique latine, certains se réclament du buen vivir et des communs et donc cette entrée en politique, toi tu l’as vécu du temps de l’ESS.

Qu’est-ce que tu peux dire sur les possibilités de partenariats avec les pouvoirs publics, que ce soit au niveau municipal... ?

3:46

Ça, j’y crois beaucoup, et (3:50) ce n’est pas d’hier qu’on met de l’avant depuis qu’on a commencé depuis plusieurs décennies, on parlait des PPP : partenariat-public-privé, nous on a toujours opposé la notion de partenariat-public-collectif. On n’avait pas le mot Commons à ce moment-là.

Parce qu’on pense que effectivement, et ça fait partie de la réflexion sur l’évolution de l’état moderne, même dans les meilleurs cas l’état providence, il y avait des limites sur ses capacités, à cause de la forme d’organisation qui sont des états avec toutes les contraintes que ça apporte, et que dans certain cas, et dans beaucoup de cas d’ailleurs, que la forme d’organisation citoyenne qui représente les Commons, est une façon plus logique, un façon plus efficace de répondre aux besoins de nos populations, de nos communautés. Mais ça ne veut pas dire que l’état doit se désintéresser de cette question-là. On peut le voir autant que ce soit dans les services à la personne pour les personnes âgées, que pour la petite enfance, qu’on peut voir dans la gestion au niveau environnementale, qu’on peut voir dans la santé, mais qu’on peut voir maintenant dans, par exemple ici à Montréal, au Québec, dans le milieu de la culture ou l’acte d’écrire est souvent vu comme un acte individuel, mais de plus en plus les artistes de toutes les disciplines se donnent des outils collectifs pour pouvoir s’exprimer. Donc je pense que ces questions-là prennent toute leur importance pour les états, tant que les états ont à cœur les biens communs. (5:30) Le défi je trouve pour cette question-là et notamment, je l’ai vu pour les pays de l’Afrique de l’ouest, c’est que pour qu’un état puisse être en interaction avec ce collectif de citoyen, ça prend une certaine formalisation, ce qui est normal, et c’est dans la formalisation que l’on voir des aberrations. Par exemple, si tu vois en Afrique de l’ouest, il y a des formes de collectifs de femmes qui se mettent ensemble qui mettent leur argent ensemble, pour s’entre-aider, c’est énorme la façon que ... C’est un genre de Commons, tout à fait, qui les aident dans la survie et de répondre aux besoins de leur famille, mais si on veut qu’il y ait des politiques publiques pour aider ces femmes-là, ça prend une certaine forme d’organisation plus formelle, et là ce que j’ai vu, et j’espère qu’il y ait des choses qui changent, c’est que quand ça se formalise, tout à coup, les femmes se font tassées, les gars prennent le pouvoir, même dans ces lieux collectifs de citoyens. (6:19)

Donc il y a des enjeux où quand ça grossit, il y a un enjeu de bureaucratisation, des richesses (???), qui sont un peu contre le principe des Commons. Donc on a à expérimenter énormément dans notre façon de l’articuler et là-dessus, on a intérêt à tirer des leçons du passé, essayer de comprendre qu’est ce qui s’est passé, et des gens travaillent là-dessus. Au début, les premières coopératives, c’était ça. Là on regarde des grandes structures coopératives dans le monde, au Canada aussi, mais dans le monde, qui sont complètement intégrées dans le système néolibéral, donc comment on peut tirer des leçons de ces formes-là, pour dire quelles sont les façons de faire qu’on peut faire différemment pour que l’esprit, la vision, les valeurs du Commons, demeurent dans le temps, même si ça change d’échelle, au fur et à mesure que ça grandit.

7:29

Comment tu penses qu’on pourrait justement promouvoir cette idée là avec ton expérience passée ?

7:38

Si je me fie sur mon expérience, parce que je dois laisser aux grands chercheurs le job de faire les bilans plus macros, nous on a effectivement,(7:46) les premières leçons qu’on a tiré justement de l’évolution du mouvement coopératif, c’est de dire comment il faut se rattacher aux mouvements sociaux qui ont été porteur de ces formes d’organisation. (08:05 )On se rappelait que la coopérative, ou le Commons ou la façon de s’organiser collectivement, il n’était pas un but en soi, le but n’est pas de prendre une plus grande part du marché pour prendre une plus grande part du marché, c’était de répondre aux besoins de ses membres, de sa communauté, et de le voir dans une vision de transformation. Les premières coopératives ont été construites ou créées comme réponse à l’exploitation capitaliste dans le milieu du travail, et bien les syndicats pour protéger le court terme, et puis il y avait des coopératives pour contrôler davantage à long terme.

Et là au court des décennies, au XXème siècle, il y a eu un partage, un éloignement l’un de l’autre. Une des choses qu’on a fait au Québec, après 20 ans, ça donne des résultats, on verra dans 100 ans, d’autres feront le bilan. C’est de se coller aux mouvements sociaux, d’une manière pas juste idéologique, mais dans la structure même de l’organisation pour pouvoir toujours ramener les enjeux, que ce soit la place des femmes, que ce soit les enjeux écologiques, que ce soit les conditions de travail pour les travailleurs. Donc d’avoir autour de la table les mouvements écologiques, le mouvement syndical, le mouvement des femmes, etc., pour pouvoir nous ramener toujours à quel est l’esprit et de pouvoir jongler entre le court terme, la réalité quotidienne de pouvoir s’organiser collectivement et la vision à long terme qu’on a par rapport à l’ensemble de la société, ce qui nous amène à nous rappeler, qu’on a toujours, même si on peut s’organiser, on a toujours besoin d’un état, et on a besoin d’un état de droit, puis u état qui au bout de la ligne joue un rôle important dans la répartition de la richesse. Et joue un rôle important aussi dans un cadre qui permet à des citoyens, puis aux Commons, d’exister, de s’épanouir,mais toujours sans que ça deviennent un regroupement renfermé sur lui-même, (10:06) mais un regroupement qui est là pour ses besoins, ses besoins de son milieu environnement mais aussi qui s’insère dans une vision beaucoup plus large. Parce que ça aussi, c’est toujours le danger. Et donc pour faire ça, ça prend des politiques publiques etc.

(10:20) Et c’est un peu ce qu’on a fait au Québec, avec notre organisation, Le chantier, c’est mettre ensemble des gens qui travaillent au niveau des territoires, milieu rural, urbain, des gens qui travaillent dans les organisations collectives, des associations, des coopératives, etc., et des mouvements sociaux, pour dire ensemble comment on va faire reconnaître et forcer l’état à adopter des politiques pour faire l’espace pour ce Commons-là. (10:50) Et ça a été crucial pour nous et de ce que j’ai pu observer au niveau international, c’est cette existence de réseau qui au-delà du secteur d’activité, au-delà du jeu géographique, au-delà même de la forme d’organisation, on entend que ce soit collectif, que ça permet de se positionner et de proposer à l’état des politiques qui vont soutenir ces formes d’organisations politiques qu’on peut appeler le Commons.

11:19

Tu dis que vous vous êtes appuyés sur les mouvements sociaux, c’est très intéressant l’historique que tu viens de faire de s’appuyer les mouvements sociaux, il reste que pour beaucoup de monde, quand on parle d’ES au Québec, on parle aussi des caisses Desjardins. ESS-Caisse Desjardins, s’il y a un cahier spécial dans un journal, c’est les caisses Desjardins qui sont en premier. Comment tu vois le passage, s’il y a un passage entre l’Economie Sociale et ce que veut dire "Et solidaire" qui vient après.

11:51

C’est intéressant par ce que pendant très longtemps, et jusque tout récemment d’ailleurs, le mouvement Desjardins ne voulait pas des (???) d’économie sociale et c’est un peu le débat qu’on a en Europe aussi. Est ce qu’on a ce lien-là, est ce qu’on est sociale par définition. L’économie sociale dit ce qu’elle veut dire, c’est-à-dire qu’une économie est fondamentalement sociale et se base sur les rapports humains, etc. Et donc c’est avec le succès que dans le fond, on commence à s’identifier. (12:30) Mais je pense justement quand je dis ça, c’est qu’une des problématiques quand ce mouvement-là qui a commencé comme toutes les activités dans un milieux rurales une communauté qui s’est donné un outil parce qu’on en avait besoin ils se sont organisés collectivement aujourd’hui, on a une gestion financière qui malheureusement épouse les façons de fonctionner de plus en plus, de notre modèle économique dominant, c’est là qu’on a tiré des leçons, parce qu’on, (12:56) la coopérative, nous, mais je pense que c’est qui est intéressant dans la notion du commun, on en fait pas une religion ou une structure juridique. Le Commons il est plus large dans ce sens-là de dire que ça peut être une organisation informelle ça peut être une grande structure formelle, l’enjeu c’est le contrôle collectif, et la démocratie et la place des citoyens, alors si on prend ces critères là pour juger Desjardins, il y en a beaucoup qui disent que elle a une structure coopérative, mais dans les faits, cette notion de Commons n’est pas tout à fait encore là."

Mais, ce n’est pas grave parce qu’autour il y a de nouveaux modèles qui émergent. Et tranquillement, soit ca force Desjardins à réorienter sa façon de faire, ou il y en a d’autres qui vont se construire à côté, et c’est un peu ce qu’on entend dans les parages au Québec, par exemple, il y en a d’autres qui à travers le numérique, vont créer une institution financière qui est carrément orientée vers cette vision sociale qui est portée par ces mouvements-là, alors Desjardins aura à vivre avec ou s’adapter et peut-être revenir à ses racines, à voir...

14:12

Est-ce qu’il y a des exemples d’expériences de communs qui pour toi sont significative pour justement aider à promouvoir un peu à la fois l’idée des communs et les pratiques des communs  ?

14:27

Il y en a à travers le monde et on est très impliqué au niveau international. On peut prendre un exemple qui m’inspire, c’est en Asie, au Népal, carrément la forêt, c’est des Community Forest Users, c’est carrément les citoyens qui gèrent les forêts, on a eu des petites expérimentations au Québec autour de ça, la forêt habité, au temps des bucherons qui coupaient, que les gens qui voulaient faire des randonnées, et des gens qui habitaient autour, pour voir comment gérer l’espace, on a pas tant d’exemple que ça malheureusement au Québec ou au Canada, parce que tellement de choses ont été privatisés, ou étatisés dans certains cas, mais il y a des expériences que je trouve extrêmement intéressantes, et qui ont pris une ampleur extrêmement large (15:17), il y a des expériences au Japon au niveau de la santé. Nous on passe souvent la santé en terme de curatif, mais la coopérative Satiko, c’est des milliers et des milliers de personnes qui se mettent ensemble pour faire de la prévention pour pouvoir rester en santé, et ça donne des résultats absolument incroyables, et qui sont développés ensuite vers les épiceries, pour pouvoir accès à la nourriture, (15;45) et il y a des petites expériences qui ont commencé à Montréal, et je pense que son avenir est fantastique, c’est que nous à Montréal, on a une ville de ruelles, on a élevé nos enfants dans les ruelles, et là il y a un mouvement depuis qu’on peut appeler un genre de Commons à petite échelle, depuis quelques années, autour des ruelles vertes. Les gens disent on ne veut pas de voitures dans nos ruelles, on va planter quelques plantes, puis nos enfants vont pouvoir jouer en paix, et on est déjà rendus à 250-300. (16:15)

Mais maintenant, certaines vont plus loin, des expériences commencent à Rosemont et dans d’autres arrondissement: on peut aller plus loin, on a déjà une organisation informelle de citoyens, on a commencé avec la géothermie, est ce qu’on peut, au milieu de la ruelle avoir en dessous la géothermie pour pouvoir aider, est ce qu’on peut commencer à faire du micro-transit : partager des voitures électriques avec un branchement dans le voisinage, est ce qu’on peut faire de l’agriculture urbaine, aller au-delà des fleurs qui sont très bien, mais est ce qu’on peut aller plus loin, donc on parle, (16;50) c’est pas différents de ce qu’on a vu dans l’Afrique de l’Ouest : ce sont des structures informelles de proximité, qui restent comme ça, mais qui se donnent les moyens pour faire beaucoup plus de choses, mais toujours pour que ça n’impacte au niveau des politiques publiques, ça prend des réseaux, ça prend du monde qui vont à un moment donné se mettre ensemble pour donner une visibilité parce que je pense c’est une des tragédies des Commons, c’est qu’il y a énormément d’organisations collectives dans toutes les sociétés, je crois, celles que j’ai vu, j’ai pas tout vu, mais quand on utilise pas le même vocabulaire, (???) différents, pas organisés de la même manière etc., on pense que c’est marginal, mais dans les faits, ça ne l’est pas. C’est de plus en plus présent, et ça inspire des gens d’aller plus loin quand ils peuvent. Donc je pense que des expériences, il y en a de plus en plus, et vraiment à des échelles assez incroyables.

17:52

Est-ce que tu penses que le FSM pourrait être un lieu de discussion et de promotion des communs ?

17:59

Je pense qu’il faut que le FSM soit un lieu, parce que le FSM a comme principe de dire non seulement qu’un autre monde est possible et qu’il est en train de se construire, et donc la construction de cet autre monde à mon avis ne peut pas être juste en demandant aux états de changer leur comportement. Il faut être naïf de penser ça, et donc nécessairement, on se doit de faire des propositions, on doit agir et la notion de communs et le collectif.

Et je trouve que c’est d’autant plus important parce que la capacité de récupération du système néolibéral est absolument incroyable alors même avec, je vois avec le mouvement ESS, là tout d’un coup, on n’entend parler de l’entreprise sociale, de l’entrepreneur social, etc., et tout d’un coup c’est comme si la forme de propriété, le collectif n’a pas d’importance en autant que des gens sont bien intentionnés, et ça c’est poussé de manière très claire par certaines des grandes fondations américaines, alors la notion de revenir à la notion du commun et du collectif, et redonner ses lettre de noblesse, je pense que si le FSM le fait pas, là je serai un peu déprimée, mais heureusement on est là pour en parler. (19:10)

FR
Entrevue réalisée à l'occasion du 12ème Forum Social Mondial tenu à Montréal du 9 au 14 août 2016. Pour la première fois dans l'histoire du FSM un Espace des Communs offrait différents ateliers et activités culturelles avec la participation de « commoners » théoriciens et praticiens de nombreux pays.
ES
Entrevista realizada en ocasion del 12mo Foro social Mundial realizado en Montreal del 9 al 14 de agosto de 2016. Por primera vez en la historia del FSM un Espacio de los Comunes ofrecia varios talleres y actividades culturales con la participacion de « commoners » teoricos y activistas de numerosos paises.
EN
Interview taped at the 12 th World Social Forum in Montreal August 9th to 14th 2016. For the first time in the history of WSF a Commons Space held various workshops and cultural activities with the participation of commoners, both theoreticians and practitioners, from numerous countries.